Des experts élucident le mystère d’un sous-marin perdu de la Seconde Guerre mondiale et de ses 80 membres d’équipage disparus

En juin 2019, Tim Taylor et son équipe sont à la recherche d’un sous-marin américain disparu dans de mystérieuses et tragiques circonstances. Ils ont recours à un véhicule sous-marin télécommandé pour les aider dans leurs recherches mais, alors que la machine voyage dans les profondeurs, elle rencontre un problème technique. Frustré, Taylor ramène l’engin à la surface et jette un coup d’œil aux données enregistrées. Il repère alors deux étranges incohérences qui l’incitent à envoyer une autre sonde. Et ce qu’il découvre grâce à la technologie lui donne des frissons.

Les chercheurs et les techniciens sont à la recherche du sous-marin U.S.S. Grayback, ou S.S.-208 de manière plus officielle. Cette opération de sauvetage s’inscrit dans le cadre du projet Lost 52, dédié à la localisation des 52 sous-marins américains disparus durant la Seconde Guerre mondiale. L’US Navy avait signalé la disparition du Grayback à la fin du mois de mars 1944.

Le 28 janvier 1944, le Grayback quitte Pearl Harbor avec une patrouille de combat. Il s’agit de sa dixième mission de ce type et, en l’occurrence, de sa dernière. Mais avant de disparaître sous les flots, le sous-marin envoie un message à la base le 24 février, signalant avoir coulé les cargos japonais Toshin Maru et Taikei Maru et en avoir touché deux autres.

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Le sous-marin fait un autre rapport le 25 février, son équipage indiquant avoir causé de sérieux dommages au paquebot Asama Maru – que les Japonais utilisaient en tant que transporteur de troupes – et coulé le pétrolier Nanpo Maru. Ces attaques sur deux jours n’ayant laissé au Grayback que deux torpilles seulement, il dû donc se diriger vers l’atoll de Midway dans le Pacifique Nord pour se réapprovisionner.

Ce message radio du 25 février est pourtant le dernier reçu de la part du Grayback. Et, alors que les commandants de la marine avaient prévu que le sous-marin allait arriver à l’atoll de Midway vers le 7 mars 1944, il n’y avait toujours aucun signe de lui à cette date. Plus inquiétant encore, le Grayback n’était toujours pas réapparu trois semaines plus tard. Les autorités n’ont donc pas eu d’autre choix que de le déclarer perdu en mer avec ses 80 membres d’équipage, ce qu’elles ont fait le 30 mars.

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Ce fut une tragédie innommable. Des dizaines d’hommes avaient apparemment péri, laissant leurs proches dévastés à la recherche de réponses. Aucune trace non plus du sous-marin qui s’était pourtant avéré être un atout énorme pour la marine américaine. Ce navire avait vu le jour le 3 avril 1940, lorsque les constructeurs navals avaient installé sa quille à Groton, à la Electric Boat Company du Connecticut.

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Le projet était entre de bonnes mains, car les ouvriers qualifiés de la Electric Boat Company s’occupaient de la construction de sous-marins depuis 1899. La première réalisation de l’entreprise fut en fait le tout premier sous-marin de la marine américaine : l’U.S.S. Holland, commandé en 1900. Au début de la première guerre mondiale, Electric Boat Company et les chantiers navals associés avaient déjà construit 85 sous-marins, entre autres, pour la marine américaine et la marine royale britannique.

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Ensuite, durant la Seconde Guerre mondiale, Electric Boat a créé 74 autres sous-marins – dont le Grayback. C’était un navire de la classe Tambor, dont 12 exemplaires ont été construits. Sept d’entre eux furent ensuite détruits pendant la guerre, et les sous-marins Tambor furent finalement retirés de la circulation en 1945. Le Grayback, bien entendu, fait partie de ces sous-marins n’ayant jamais vu la fin du conflit.

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Lorsque le Grayback fut achevé, il mesurait plus de 90 mètres de la proue à la poupe et déplaçait 2 410 tonnes en submersion. À son point le plus large, il mesurait un peu plus de 8 mètres, et sa vitesse maximale en surface était d’environ 20 nœuds ; sous l’eau, il pouvait se déplacer à un peu moins de neuf nœuds. À une vitesse plus faible, le sous-marin pouvait également rester immergé jusqu’à 48 heures, et son autonomie dépassait alors les 20 000 kilomètres.

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De plus, les deux hélices du Grayback étaient entraînées par quatre moteurs électriques, eux-mêmes complétés par un quatuor de moteurs diesel. Son équipage officiel était composé de 54 hommes et de six officiers – bien que, comme nous l’avons déjà mentionné, il y avait 80 hommes à bord lorsqu’il disparu en 1944.

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Le Grayback était également bien équipé, avec dix tubes torpilles de 53 centimètres – six à l’avant et quatre à l’arrière. Le reste de l’armement se présentait sous la forme d’une mitrailleuse de calibre 50 et des canons Bofors 40 mm et Oerlikon 20 mm – tous montés sur le pont. Ces armes étaient destinées à la défense contre les attaques aériennes, bien qu’elles puissent également être utilisées dans les attaques contre les navires ennemis lorsque le sous-marin faisait surface.

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Puis, une dizaine de mois après le début de sa construction par la Electric Boat Company, le Grayback fut lancé le 31 janvier 1941, par la femme du contre-amiral Wilson Brown. Le sous-marin a ensuite été mis en service dans la marine américaine le 30 juin – soit à peine cinq mois avant que l’Amérique ne s’implique dans la Seconde Guerre mondiale.

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Après sa mise en service, le Grayback s’embarque dans son premier essai sous le commandement du lieutenant Willard A. Saunders dans le détroit de Long Island. C’était là l’occasion de tester les systèmes du sous-marin et de permettre à l’équipage de se familiariser avec le navire. Le sous-marin étant à la hauteur de la tâche, il partit finalement en patrouille dans la baie de Chesapeake et dans les Caraïbes en septembre 1941.

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Puis, après une nouvelle maintenance au chantier naval de Portsmouth, sur la côte du Maine, le Grayback se dirigea vers Pearl Harbor en février 1942 – car les États-Unis étaient à présent partie intégrante du conflit. Et les choses étaient sur le point de devenir sérieuses pour le bateau et son équipage. Le 15 février, le sous-marin fit sa première patrouille de guerre. Il navigua dans le Pacifique et longea les côtes de l’île de Guam, que le Japon avait attaquée en décembre 1941.

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Le Grayback croisa également à proximité de la côte de Saipan qui, à l’époque, était un territoire japonais. Et, au cours de cette patrouille – qui dura trois semaines – le bateau passa quatre jours à jouer au chat et à la souris avec un sous-marin japonais. Durant cette escarmouche, l’ennemi tira deux torpilles sur le Grayback et, bien que celui-ci soit sorti indemne de cet assaut, il ne parvint pas à se mettre en position pour riposter.

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Mais après avoir échappé au sous-marin japonais, le Grayback parvint à couler son premier navire : un cargo de 3 291 tonnes. En revanche, la deuxième patrouille du Grayback fut relativement peu mouvementée et s’acheva lorsqu’il accosta à Fremantle. Ce port d’Australie occidentale allait devenir sa base pour la majeure partie du reste de son temps de service.

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Les deux patrouilles suivantes du Grayback dans la mer de Chine méridionale furent compliquées en raison des patrouilleurs de l’Axe, du clair de lune et de la mer difficile à naviguer. Néanmoins, il réussit à toucher un sous-marin ennemi et quelques navires marchands pendant cette période en mer. Son cinquième tour de service commença le 7 décembre 1942, lorsqu’il quitta l’Australie.

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Le jour de Noël 1942, le Grayback fit surface près de quatre péniches de débarquement ne se doutant de rien et les envoya par le fond. Puis, quatre jours plus tard, un sous-marin ennemi tira des torpilles sur le navire américain, mais l’équipage du Grayback réussit à s’enfuir. Le début de l’année 1943 fut tout aussi mouvementé, le sous-marin américain s’attaquant au navire I-18 de la marine impériale japonaise. Et, si le I-18 s’en sorti finalement indemne, le destroyer U.S.S. Fletcher coula le bateau japonais avec des grenades sous-marines le mois suivant, tuant ses 102 membres d’équipage.

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Au cours de cette cinquième tournée, le Grayback mena par ailleurs une audacieuse opération de sauvetage. Six Américains se trouvant à bord d’un bombardier Martin B-26 Marauder abattu s’étaient échoués dans la baie de Munda, dans les îles Salomon. Deux des hommes du sous-marin se sont donc rendus à terre après la tombée de la nuit pour retrouver les aviateurs, tandis que le Grayback plongeait à l’aube afin d’échapper à l’attention des avions japonais.

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Puis, la nuit suivante, les deux sous-mariniers parviennent à ramener les six survivants sur le Grayback. Le capitaine du vaisseau, le commandant Edward C. Stephan – qui avait succédé à Saunders en septembre 1942 – fut décoré de Navy Cross pour cette action ainsi que d’une Silver Star de l’armée américaine. Poursuivant sa mission, le sous-marin torpilla ensuite plusieurs navires japonais, bien qu’il fut finalement endommagé lui-même par des grenades sous-marines larguées par un destroyer ennemi.

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Endommagé à la coque et victime d’une fuite d’eau, le Grayback est forcé de fuir et de rentrer au port à Brisbane, en Australie. Malheureusement, la patrouille suivante du sous-marin, en février 1943, n’est couronnée d’aucun succès, en partie à cause d’un radar nouvellement installé mais défectueux. Quoi qu’il en soit, le Grayback parvient à survivre jusqu’à sa septième mission, qui débute à Brisbane le 25 avril 1943.

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Au cours de celle-ci, le Grayback croise un convoi japonais et coule le navire marchand Yodogawa Maru avec deux torpilles. Puis, quelques jours plus tard, le navire américain torpille un destroyer ennemi, causant d’importants dégâts. Mais ce n’était pas la dernière de ses victoires ; le lendemain, le Grayback coule en effet un autre cargo, l’England Maru, et cause des dommages à deux autres. Après ces triomphes, il était temps de rentrer à Pearl Harbor et ensuite à San Francisco, en Californie, pour un carénage.

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Le 12 septembre 1943, le Grayback est de retour à Pearl Harbor, prêt pour une autre mission dans le Pacifique – sa huitième de la guerre – avec le commandant John Anderson Moore en charge du navire. Ainsi, deux semaines après son retour à Pearl Harbor, le sous-marin se met en route pour l’atoll de Midway aux côtés de l’U.S.S. Shad.

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À l’atoll de Midway, le Grayback et le Shad sont rejoints par l’U.S.S. Cero, les trois navires constituant ce que l’on appelait un “wolfpack” (une “meute de loups”). Cette approche consistant à combiner des sous-marins en tant que forces d’attaque conjointes s’est avérée très efficace lorsqu’elle a été utilisée par les U-boots allemands, bien que ce soit la première fois que la marine américaine ait essayé cette tactique.

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Cette nouvelle stratégie se révèle efficace. À eux trois, les sous-marins causent le naufrage de 38 000 tonnes de navires japonais et des dommages à 3 300 autres tonnes. Après avoir épuisé toutes leurs torpilles, le trio retourne ensuite vers l’atoll de Midway, où il arrive le 10 novembre 1943. Après cette mission couronnée de succès, Moore devient le second des capitaines du Grayback à être décoré de la Navy Cross.

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Puis, le 2 décembre 1943, le Grayback quitte à nouveau Pearl Harbor pour la mer de Chine orientale. Au cours de cette neuvième patrouille, le sous-marin tire la totalité de sa réserve de torpilles en cinq jours d’attaques, coulant quatre navires japonais avant de retourner à nouveau à Pearl Harbor. Les exploits du commandant Moore au cours de cette mission lui valent une nouvelle Navy Cross.

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Finalement, après avoir fait escale à Pearl Harbor pendant un peu plus de trois semaines, le Grayback met les voiles pour sa dixième – et, de fait, sa dernière – mission de service actif le 28 janvier 1944. Comme nous l’avons mentionné précédemment, son dernier contact radio avec la base a eu lieu le 25 février. Après cela, plus rien n’a été entendu du sous-marin, ce qui a conduit la marine à déclarer sa perte le 30 mars.

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Au cours de cette dernière mission, le Grayback coule à lui seul un impressionnant navire japonais de 21 594 tonnes. C’était le troisième voyage de ce type qu’il effectuait avec Moore à la barre, et le commandant reçut à titre posthume une troisième Navy Cross pour ses exploits en mer. Le Grayback lui-même reçut aussi huit étoiles de combat pour son service durant la Seconde Guerre mondiale.

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Il faudra toutefois attendre plusieurs décennies avant de savoir exactement ce qui est arrivé au Grayback et à ses 80 membres d’équipage. Au départ, la marine américaine pensait qu’il avait coulé à environ 160 kilomètres au sud-est de l’île japonaise d’Okinawa. Pourtant, comme le découvrira plus tard, cette hypothèse était basée sur des données comportant une erreur cruciale.

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Les informations sur lesquelles la marine s’était appuyée provenaient en effet de dossiers conservés par les Japonais. Mais il s’est avéré qu’un chiffre d’une référence cartographique avait été mal transcrit lors de la traduction du document en question. Par conséquent, le Grayback était en réalité loin de l’emplacement supposé pendant des années.

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Ce n’est qu’en 2018, lorsque l’Américain Tim Taylor décide de réexaminer le cas de la disparition du Grayback, que le mystère a été éclairci. Taylor est le fondateur du projet Lost 52 –  une initiative privée qui cherche à retrouver les restes des 52 sous-marins disparus sans laisser de traces pendant la Seconde Guerre mondiale.

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Nous reviendrons bientôt sur les résultats de la nouvelle enquête de Taylor sur le mystère du Grayback, mais nous nous concentrerons d’abord sur lui et son organisation. Le projet Lost 52 a débuté après la recherche couronnée de succès du sous-marin américain R-12, perdu en 1943 avec les 42 membres de son équipage. Également connu sous le nom de SS-89, le navire a coulé au cours d’un exercice d’entraînement au large des côtes de Floride.

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Lancé en 1919, le U.S.S. R-12 était en quelque sorte un vétéran, car il avait été retiré de la marine américaine en 1932 et affecté à la flotte de réserve. Cependant, la guerre menaçant, la Marine l’avait ramené en service en juillet 1940. Le R-12 s’est ensuite rendu à la base navale de sous-marins de New London à Groton, dans le Connecticut, où il est passé par une révision complète.

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Ainsi, en octobre 1940, le R-12 était prêt pour le service actif, sa première mission étant de patrouiller les eaux environnant le canal de Panama. Un an plus tard, la marine ordonne au sous-marin de retourner à New London, d’où il navigue ensuite le long des côtes de la Nouvelle-Angleterre. Et, après l’attaque de Pearl Harbor en décembre 1941, le R-12 retourne au canal de Panama, où il passe les dix mois suivants.

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Après près d’un an passé au Panama, le R-12 effectue plusieurs missions jusqu’en mai 1943, date à laquelle il est réaffecté comme sous-marin d’entraînement basé à Key West, en Floride. Le mois suivant, cependant, alors qu’il navigue dans le cadre d’un exercice, une section avant du navire commence à prendre l’eau. En quelques secondes, le sous-marin est submergé et coule à une profondeur de plus de 180 mètres.

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Alors que le R-12 commençait à couler, cinq membres de son équipage se trouvant dans la tour de contrôle sur le pont – dont le capitaine de corvette E. E. Shelby – se jettent par-dessus bord. Ils sont les seuls survivants de ce naufrage catastrophique, les 42 membres d’équipage restants ayant tous perdu la vie. La cause de l’accident n’a jamais été entièrement expliquée, et l’épave est restée perdue pendant près de sept décennies.

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Mais à l’automne 2010, Taylor et son équipe, à bord du navire de recherche Tiburon, découvrent les restes du R-12 grâce à un robot de haute technologie télécommandé. L’équipe a également revisité la zone au cours d’expéditions successives, cartographiant le site et prenant des images de l’épave. En outre, ils ont fait tout leur possible pour contacter les parents survivants des sous-mariniers décédés dans l’accident.

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Et c’est cette chasse fructueuse à l’épave du R-12 qui a incité Taylor à fonder le projet Lost 52. L’organisation tire son nom des 52 sous-marins disparus sans laisser de traces au cours de la Seconde Guerre mondiale. Ces tragédies ont également eu un coût humain extrêmement élevé, puisque 3 505 sous-mariniers ont péri au total.

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Le projet Lost 52 vise donc à découvrir l’emplacement de tous les sous-marins de la marine américaine coulés pendant la guerre. C’est un travail complexe mais, au cours de la dernière décennie, Taylor et ses équipages ont découvert cinq sous-marins dont on ignorait jusqu’alors l’emplacement précis. Et leur mission va bien plus loin que cela.

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Taylor veut à la fois découvrir pour la postérité le sort de ces sous-marins et, surtout, donner aux membres des familles des marins des réponses définitives. En plus de la localisation des embarcations, Lost 52 travaille à la création de relevés complets des épaves trouvées, recueille des objets et met du matériel à disposition pour des fins éducatives.

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Le projet Lost 52 a ainsi permis de retrouver deux autres sous-marins de la Seconde Guerre mondiale en plus du R-12 et du Grayback. L’U.S.S. Grunion a été retrouvé au large des côtes de l’Alaska, tandis que l’U.S.S. S-28 a été localisé dans les eaux hawaïennes. Un navire de l’époque de la guerre froide, l’U.S.S. Stickleback, a également été retrouvé au large d’Hawaï. Dans l’ensemble, donc, les efforts de Taylor et de son équipe ont été récompensés par des succès notables.

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A présent, revenons au travail de Taylor pour retrouver le Grayback. Lors de sa recherche du sous-marin, l’explorateur océanique est entré en contact avec le chercheur japonais Yutaka Iwasaki et lui a demandé de passer au peigne fin les fichiers de la base Sasebo, utilisée par la marine impériale japonaise pendant la Seconde Guerre mondiale. Les dossiers de cette base comprenaient notamment des mises à jour radio quotidiennes de Naha sur l’île d’Okinawa, qui fut le site d’une installation aéronavale japonaise.

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Iwasaki s’est donc mis au travail, et repéra l’erreur numérique cruciale. Cette erreur avait été commise dans la version transcrite d’un rapport transmis par radio à Sasebo depuis Naha le 27 février 1944 – quelques jours seulement après le dernier rapport du Grayback à sa base. Et le message japonais en question décrivait en détail une attaque par un bombardier Nakajima B5N après avoir décollé d’un porte-avions.

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Le Nakajima B5N était un bombardier torpilleur japonais qui, lors d’un vol le 27 février, avait apparemment lancé une bombe de plus de 200 kilos sur un sous-marin se déplaçant en surface. Le rapport décrivait également comment la bombe avait touché le sous-marin juste à l’arrière de la tour de contrôle. Ensuite, le navire avait explosé et coulé rapidement sans aucun survivant apparent.

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Au cours d’un entretien avec le New York Times en novembre 2019, Iwasaki décrit ses trouvailles dans les dossiers japonais du temps de la guerre. “Dans ce dossier radio, il y a une longitude et une latitude de l’attaque, c’est très clair”, explique-t-il. Étonnamment, ces coordonnées indiquaient un endroit situé à plus de 160 kilomètres de celui que la marine américaine tenait pour correct depuis 1949.

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Ainsi, armé de ces nouvelles informations précises, Taylor estima qu’il y avait désormais une chance réaliste de localiser l’épave du Grayback. Et, de façon incroyable, l’équipe du projet Lost 52 a en effet retrouvé le sous-marin perdu, dont la coque était presque entièrement conservée en un seul morceau, même après plusieurs décennies. Pourtant, cette découverte a suscité des émotions mitigées parmi les plongeurs et les chercheurs.

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Au New York Times, Taylor explique et se remémore les sentiments de l’équipe de Lost 52. “Nous étions ravis. Mais cela donne aussi à réfléchir, car nous venions de trouver 80 hommes”, déclare-t-il. Et, bien sûr, il y en a d’autres pour qui cette découverte a été un événement capital, c’est-à-dire les familles des sous-mariniers qui avaient perdu la vie à bord du Grayback.

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L’une des personnes fort touchées par la nouvelle de la découverte des restes du Grayback est Gloria Hurney, dont l’oncle Raymond Parks avait servi à bord du sous-marin comme matelot électricien de première classe. En novembre 2019, elle déclare à ABC News : “Il y a un livre que j’ai lu, dans lequel il est dit que ces navires ne sont connus que de Dieu. Mais maintenant nous savons où se trouve le Grayback.”

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Le même mois, elle déclare également à un journaliste de CNN : “Cette découverte permet d’arrêter les questions qui entouraient le Grayback, son naufrage et son emplacement. Je crois qu’elle permettra d’aider à la guérison, car les familles des membres de l’équipage se réuniront pour partager leurs histoires”. Hurney ajoute que la première fois qu’elle avait entendu parler de la découverte, elle avait ressenti un choc et du chagrin ; plus tard, cependant, la nouvelle lui avait apporté paix et réconfort.

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Kathy Taylor est un autre membre de la famille de l’un de ceux à avoir perdu la vie à bord du Grayback, car John Patrick King – qui a servi comme matelot électricien de troisième classe – avait été à la fois son oncle et son parrain. Et en s’adressant à ABC News, elle a rendu un hommage émouvant à ce vétéran disparu, en déclarant: “J’ai pris l’engagement dès le début, depuis toute petite fille, que j’allais le trouver, le suivre ou garder son souvenir vivant – tout ce que je pouvais faire.”

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Mais la perte du Grayback ne signifie pas la fin de son histoire. En effet, un deuxième sous-marin Grayback, portant la désignation navale SSG-574, est entré en service en juillet 1957, 14 ans après le naufrage du premier. Il a été inauguré par Mme Virginia S. Moore, la veuve du dernier capitaine du Grayback original, le commandant John A. Moore.

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Le nouveau Grayback a été construit au chantier naval de Mare Island, en Californie, et sa technologie de pointe le fait se démarquer de son illustre prédécesseur. Par exemple, l’armement du sous-marin des années 50 comportait des missiles guidés – une innovation inexistante sur le premier Grayback lancé en 1941.

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En fait, ce nouveau navire a été le tout premier à déployer un missile mer-mer Regulus II. Mais comme le programme d’armement a été annulé peu après le lancement du Grayback, il a en fait transporté quatre missiles Regulus I qui permettaient d’atteindre des cibles à terre. Et en février 1959, le sous-marin était basé à Pearl Harbor, à Hawaï.

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Ce Grayback possédait une longueur de 83 mètres – bien qu’il ait été plus tard été allongé jusqu’à 96 mètres – pour un peu plus de 8 mètres par le travers. Et, en plus d’être équipé pour lancer des missiles Regulus I capables d’emporter des têtes nucléaires, il possédait huit tubes torpilles conventionnels, deux d’entre eux positionnés à la poupe, tandis que les six autres se trouvaient à la proue.

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A partir de sa base de Pearl Harbor, le Grayback effectua une série de missions à titre dissuasif, notamment dans les eaux au large de l’Alaska et du Japon. Et jusqu’en 1963, le sous-marin était en patrouille quasi constante, passant une grande partie de son temps sous l’eau. Cependant, ce rude calendrier a fini par avoir un impact négatif sur les systèmes du Grayback.

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En août 1963, toutes ces années de service ont pris leur dû sur le Grayback. Ce mois-là, alors que le sous-marin naviguait près de la surface pour recharger ses batteries, il fut pris dans une mer agitée. La force des vagues a provoqué une panne de la batterie principale, qui a déclenché un incendie dans les quartiers de repos de l’équipage. Un sous-marinier a perdu la vie dans l’incident, tandis que cinq autres ont été blessés. Cependant, après quelques semaines de réparation, le Grayback a repris du service actif.

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Le sous-marin eut une longue vie bien après cela, bien qu’au début il semblait être destiné à devenir excédentaire. En 1964, une nouvelle génération de missiles et de sous-marins Polaris avait été mis en service, et le Grayback fut finalement retiré en mai de cette année-là. Mais il revint en service en août 1968 pour être déployé en tant que sous-marin de transport amphibie – avec la nouvelle désignation LPSS-574. Aujourd’hui, ses silos à missiles adaptés sont capables d’accueillir jusqu’à 67 personnes à bord.

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En juin 1972, le Grayback transporta une unité de Navy SEALs sur la côte du Vietnam. Ils avaient été déployés dans le cadre de l’opération Thunderhead – une tentative de libération de deux aviateurs américains qui se seraient évadés d’un camp de prisonniers de guerre vietnamien. Cependant, à l’insu de la Navy, cette course à la liberté avait été avortée. Et dans la tentative de localisation de ces hommes, un SEAL, le lieutenant Melvin Spence Dry, a perdu la vie en sautant en parachute d’un hélicoptère.

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Le Grayback a connu une autre tragédie en 1982, lorsqu’il fut impliqué dans un accident qui a coûté la vie à cinq plongeurs de la marine. Après avoir effectué une plongée d’entraînement, les hommes sont revenus au navire qui se trouvait dans la baie de Subic, près de l’île de Luzon aux Philippines. Cependant, lorsqu’une valve de ventilation cruciale s’est arrêtée de fonctionner correctement, les cinq hommes ont péri à l’intérieur d’une chambre de décompression

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Peu de temps après ce triste événement, la Marine a finalement mis hors service le deuxième Grayback en janvier 1984. Mais il avait encore un dernier rôle à jouer. Bizarrement, il fallait pour cela que le sous-marin soit décoré d’une teinte orange éclatante. Le 13 avril 1986, le sous-marin a été remorqué jusqu’à Subic Bay, avant d’être sabordé et utilisé en tant que cible d’exercice. Ceci signe la fin de l’histoire du Grayback.

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